Comité exécutif de la CES (19-20 mai 2026)

Nouvelles

26.05.2026

Le 19 et 20 mai 2026, les représentants des syndicats européens se sont à nouveau réunis à Bruxelles à l’occasion de la réunion du Comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats (CES). Cette réunion leur a permis d’échanger sur plusieurs sujets d’actualité majeurs touchant le monde du travail, les droits sociaux et les défis économiques et politiques au niveau européen.


Dans un contexte marqué par une détérioration de la situation géopolitique, les répercussions directes sur les travailleurs ont été au cœur des débats, en particulier l’impact de la crise énergétique sur le pouvoir d’achat des travailleurs, ainsi que les répercussions sur les industries et les investissements. Les syndicats ont d’ailleurs rappelé la crise énergétique de 2022-2023, survenue après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et qui avait déjà exposé l’UE à des chocs similaires. Estimant toutefois que la réponse politique a été insuffisante à l’époque, le mouvement syndical européen craint que les décideurs européens ne commettent les mêmes erreurs dans le contexte actuel. Les participants ont notamment mis en avant le fait que certaines entreprises pétrolières et gazières réalisent des bénéfices énormes et ont par conséquent rappelé la nécessité d’imposer une taxe sur les profits exceptionnels des entreprises énergétiques qui tirent actuellement profit de la guerre en Iran. Certains ont également souligné que la crise énergétique pourrait directement se transformer en crise alimentaire, puisque la hausse des coûts de l’énergie entraîne en principe aussi une augmentation des prix des denrées alimentaires. Cela pourrait par conséquent conduire à une crise sociale plus profonde dans toute l’Union.


Parmi les autres sujets ayant suscité de nombreuses discussions figurait notamment la proposition de la Commission européenne relative à un 28e régime des sociétés, officiellement intitulé EU Inc. Ce 28ᵉ régime viserait à créer un cadre européen unique pour les entreprises, en complément des systèmes nationaux existants. En effet, aujourd’hui, une entreprise qui veut travailler dans plusieurs pays de l’UE doit respecter les règles nationales de chaque pays, notamment en matière de droit des sociétés, fiscalité, droit du travail, etc. Par le biais du 28ᵉ régime la Commission européenne proposerait donc de créer une option supplémentaire au niveau européen, en plus des droits nationaux, afin de faciliter les activités des start-up, PME et scale-up opérant dans plusieurs pays de l’UE. Or, la CES met en garde contre ce que la Commission présente comme un outil de modernisation et d’innovation. Selon elle, ce dispositif pourrait créer des régimes d’entreprises parallèles, détachés des règles et protections nationales existantes, et ainsi favoriser la dérégulation et le dumping social. Au cours des discussions avec le député européen René Repasi (S&D), rapporteur sur ce dossier au Parlement européen et invité à la réunion, les syndicats ont souligné qu’il s’agirait avant tout d’une forme de concurrence réglementaire plutôt que d’un véritable outil de modernisation. Le texte risquerait d’affaiblir considérablement les protections existantes, notamment en matière de salaires, de conventions collectives, de protection sociale et de pensions et de droit à l’information et à la consultation des travailleurs.

 

La CES a également profité de l'occasion pour faire le point sur les directives qui n'ont pas encore été transposées, notamment au Luxembourg, comme p.ex. la directive sur le salaire minimum, la directive sur la transparence des rémunérations (délai pour la transposition au niveau national: 7 juin 2026) et la directive sur le travail sur les plateformes (délai pour la transposition : 2 décembre 2026).

 

Les syndicats ont en outre fait part de leurs réflexions en matière de la politique commerciale actuelle. L'objectif principal consistait à définir comment les syndicats peuvent se positionner dans les débats sur les échanges commerciaux et comment défendre les travailleurs dans le cadre des politiques commerciales. Ce qui est ressorti clairement , c'est que le commerce doit soutenir les droits des travailleurs et la négociation collective, et que les accords commerciaux doivent être l'occasion d'améliorer les normes du travail. Le comité exécutif a également souligné l'importance de faire pression sur l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour faire avancer l'agenda des travailleurs. L'UE est l'un des plus grands marchés de consommation au monde et devrait donc promouvoir le commerce équitable et le développement durable.


Enfin, le comité exécutif a adopté plusieurs déclarations, notamment une déclaration de soutien avec les travailleurs et syndicats de Slovénie contre les réformes proposées par le gouvernement qui faciliterait le licenciement des travailleurs âgés, favoriserait la précarité de l'emploi, affaiblirait la protection sociale et ouvrirait la voie à la privatisation des soins de santé. Une déclaration condamnant la détention par les forces israéliennes de dirigeants de la confédération syndicale turque HAK-İŞ et d'autres syndicalistes participant à une mission humanitaire à Gaza a aussi été adoptée.


Le prochain comité exécutif se tiendra à Oslo (Norvège) du 6 au 7 octobre 2026.


Communiqué par le SECEC le 26.05.2026